Maurice Duruflé

Maurice Duruflé entre à 10 ans à la maîtrise de Rouen où il étudie le chant,
l’orgue et le piano. Le Conservatoire de Paris l’accueille en 1919. Jusqu’en
1922, il y reçoit l’enseignement de Paul Dukas, Charles Tournemire, Eugène
Gigout et Louis Vierne. Organiste assistant à Ste-Clotilde de 1919 à 1929, il
devient titulaire, en 1930, du grand orgue de St-Etienne-du-Mont, poste qu’il
occupera jusqu’à la fin de sa vie.
Enfin, à partir de 1944, il est chargé de l’enseignement de l’harmonie au
Conservatoire de Paris. Durant la même période, il se produit comme
concertiste à la fois en Europe et aux Etats-Unis.
Le “maître” de Duruflé fut Paul Dukas, dont il hérita le goût de la simplicité,
ainsi que d’une expression sobre et contrôlée. A son exemple, il écrivit peu.
Ses quelques compositions pour orgue restent appréciées, et ses Trois Danses
pour orchestre, de même que son Requiem (1947) jouissent d’une grande
notoriété. A ce dernier ouvrage s’ajoutent les Quatre Motets pour choeur a
cappella (1960) et la Messe Cum Jubilo (1966).
Source : Guide de la musique sacrée, Fayard

Requiem, opus 9

Le Requiem, opus 9, de Maurice Duruflé, commandé par son éditeur de musique Auguste Durand, est sans conteste reconnu comme l’un des chefs-d’oeuvre du XXe siècle musical. Initialement conçue comme une suite de paraphrases pour orgue des textes de la Messe des Morts, et dédiée à la mémoire de son père défunt, l’oeuvre résulte en effet d’une commande à Paris au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. La partition fut écrite en trois versions: la première avec grand orchestre et orgue, dès 1947 ; puis, une autre avec orgue seul ; enfin, publiée en 1961, une version à effectif instrumental réduit, dit “ d’église ”. La création eut lieu à Paris, à la radio, puis en concert, en 1947, sous la direction de Roger Désormière. Le succès fut immédiat et se prolongea tout particulièrement dans les pays anglo-saxons et aux Etats-Unis.
A n’en pas douter, ce Requiem s’inscrit dans la descendance directe de celui de Fauré et l’on a rarement omis de tracer le parallèle entre les deux oeuvres, remarquant, en l’une comme en l’autre la suppression de la séquence du “ Dies Irae ”. Mais au delà de ces ressemblances de pure forme, l’esprit qui se dégage de l’oeuvre de Maurice Duruflé est assez différent : on y relève des passages puissamment dramatiques dans l’évocation de la gueule du lion et des peines de l’enfer (Offertoire), dans celle de la fin des temps et du feu infernal (Libera) ; l’Hosanna du Sanctus est une fantastique envolée d’une force saisissante ; et que dire du Pie Jesu que Fauré voulait angélique et confiait à une voix d’enfant, alors que Duruflé signe là une page d’un lyrisme poignant.
Voici en quels termes Duruflé s’est explicitement exprimé : « Terminé en 1947, ce Requiem est entièrement composé sur les thèmes grégoriens de la Messe des Morts. Tantôt le texte a été respecté intégralement, la partie orchestrale n’intervenant que pour le soutenir ou le commenter, tantôt je m’en suis simplement inspiré ou même complètement éloigné, par exemple dans certains développements suggérés par le texte latin, notamment dans le Domine Jesu Christe, le Sanctus et le Libera me. D’une façon générale, j’ai surtout cherché à me pénétrer du style particulier des thèmes grégoriens. Ainsi me suis-je efforcé de concilier, dans la mesure du possible, la rythmique grégorienne, telle qu’elle a été fixée par les Bénédictins de Solesmes, avec les exigences de la mesure moderne. »
Quant à la forme musicale de chacune des pièces de ce Requiem, elle s’inspire généralement de la forme même proposée par la liturgie. Le Requiem que préférait Duruflé était celui de Mozart « car il s’adresse au monde entier grâce à un langage universel » disait-il. Le compositeur français n’a nulle part tenté de rivaliser avec l’oeuvre du musicien autrichien. Mais on ne peut lui nier une extrême faculté à faire entendre un message très humain : désarroi de l’homme mais aussi espoir face à son devenir.
Source : Guide de la musique sacrée, Fayard

John Rutter

Né le 24 septembre 1945 à Londres, le compositeur britannique John Rutter est un brillant spécialiste de la musique religieuse. Il propose régulièrement, à travers le monde, des cycles de conférences universitaires afin de présenter ses nombreuses oeuvres. La vie de John Rutter est intimement attachée au choeur de Clare College de l’Université de Cambridge. Enfant et jeune professionnel, il y chanta de longues années avant d’en devenir le directeur musical de 1975 à 1979. Compositeur, on lui doit un catalogue abondant, constitué essentiellement de musique sacrée, mais comprenant également un concerto pour piano, deux opéras pour les plus jeunes ainsi que de la musique destinée à l’audiovisuel. Il dirige par ailleurs de nombreux choeurs et orchestres à travers le monde et travaille régulièrement comme arrangeur et éditeur musical. En 1985, il a été intronisé en tant que patron national du Delta Omicron, une fraternité internationale de musique professionnelle.

Mass of the children

Cette oeuvre a été créée en février 2003 au Carnegie Hall à New York. C’est l’une des oeuvres majeures du compositeur John Rutter. Cette messe a été composée pour une soprano et un baryton solistes, un choeur d’enfants, un choeur d’adultes et un ensemble instrumental.
John Rutter aurait choisi d’écrire pour choeur d’enfants (ou parfois de les inclure dans ses oeuvres) probablement suite au décès de son fils en 2001 à Cambridge, mais aussi en souvenir de sa jeunesse et au bonheur que lui avait procuré le chant choral : « J’avais toujours voulu une oeuvre combinant choeur d’enfants et des artistes adultes, pas seulement parce que je trouve le son d’une voix d’enfant irrésistible, mais aussi parce que je voulais rembourser une dette. En tant que soprano de la chorale de mon école, j’étais très heureux chaque fois que notre chorale se produisait avec des adultes, comme la troisième symphonie de Mahler et le War Requiem de Britten, et, des années plus tard, je me suis souvenu de cette expérience : je voulais écrire quelque chose qui donne aux enfants une occasion semblable de se produire aux côtés d’adultes. »
Ainsi, c’est dans le choeur du Clare College que, petit garçon, Rutter a participé à la première du War Requiem, expérience qui l’a marqué à jamais, comme il le souligne lui-même : « L’effet issu de la combinaison des voix d’enfants et d’adultes dans l’oeuvre de Britten est unique, et je voulais écrire une oeuvre qui mêle ces deux voix dans un contexte plus joyeux que celui d’un*Requiem ».
C’est ainsi que le compositeur eu l’idée d’écrire une grande Mass of the Children pleine de gaité et d’entrain. Cette « Missa brevis » (messe brève sans Credo) comprend cinq sections : Kyrie, Gloria, Sanctus et Dona nobis pacem, dont les textes traditionnels grecs et latins sont principalement chantés par les adultes.
Le choeur d’enfants vient commenter l’ensemble et amplifie le discours en chantant des textes poétiques anciens en anglais de William Blake et de l’évêque Thomas Ken. Ces textes évoquent les repères d’une vie, le déroulement d’une journée complète du lever au coucher.
D’une grande inventivité mélodique, d’un accès immédiat, simple, humain et authentique, l’univers de John Rutter est inspiré de manière évidente de ceux de Benjamin Britten et Ralph Vaughan Williams. Il possède en outre l’originalité de respirer l’optimisme et la bonne humeur, atmosphères mêlées à des moments de grande profondeur et intériorité, notamment dans la partie du soprano solo « Christ, be my guide today ».
L’effectif de la première version était plus réduit que celui de la seconde version proposée plus tardivement. C’est cette dernière version, réunissant un large ensemble orchestral, que nous avons le privilège et le bonheur de vous présenter ce soir.